Chapitre 6 - Soleil Trompeur aux Bahamas

L'avion cargo chancelant, fumant d'un côté, réussit par miracle à se poser en catastrophe sur une piste d'atterrissage privée clandestine, mal entretenue et recouverte d'herbes hautes et épaisses. Ils étaient enfin arrivés sur l'île de Nassau, mais à des kilomètres des luxueuses zones touristiques de la côte. L'air, en sortant de la carcasse métallique, les frappa comme un mur : il était lourd, étouffant de chaleur et poisseux d'humidité, chargé de l'odeur âcre du sel marin et de la dense végétation tropicale en décomposition. En suivant scrupuleusement les mystérieuses coordonnées GPS laissées dans le cercueil, ils louèrent une vieille Jeep cabossée, au moteur poussif, et s'enfoncèrent profondément dans la jungle luxuriante de l'île, loin des regards indiscrets. Au bout de deux longues heures de route chaotique sur un chemin de terre parsemé de nids-de-poule géants, ils découvrirent enfin leur cible : une villa ultra-luxueuse, d'une architecture moderne et agressive, soigneusement cachée derrière de hauts murs de pierre volcanique et des caméras de sécurité dissimulées. "C'est là," murmura Liam d'une voix tendue en observant minutieusement les lieux à travers des jumelles militaires à longue portée. "Le refuge secret, la base arrière de Julian." De l'extérieur, la villa semblait totalement déserte, endormie sous le soleil écrasant. Prenant de grandes précautions, ils escaladèrent péniblement le mur d'enceinte couvert de lianes et se faufilèrent silencieusement jusqu'à l'immense baie vitrée donnant sur une piscine à débordement. À l'intérieur, le luxe était tapageur, outrancier, typique de Julian. Des meubles design en cuir blanc immaculé, des œuvres d'art contemporain hors de prix accrochées aux murs de béton brut. Elara, le cœur palpitant, testa discrètement une porte latérale et la trouva non verrouillée. En entrant dans l'air conditionné glacial, son cœur rata un violent battement, manquant de s'arrêter. Sur la table basse du salon en marbre de Carrare, il y avait deux flûtes de champagne en cristal, à moitié pleines, dont les bulles pétillaient encore, et une trace bien visible de rouge à lèvres vif posée sur le bord du verre de droite. "Il n'est pas seul ici," murmura-t-elle, la voix étranglée, sentant le fer froid de la trahison conjugale la poignarder vicieusement une nouvelle fois, plus profondément encore. Liam, professionnel, inspecta rapidement le vaste bureau attenant. Il toucha le clavier d'un ordinateur portable dernier cri. "Le processeur est encore chaud. Il vient tout juste de partir, dans l'heure. Ou alors..." Avant même qu'il ne puisse finir sa phrase alarmante, le bruit mécanique et sinistre d'une arme à feu qu'on arme résonna distinctement derrière eux, dans le silence ouaté de la villa. "Ou alors, on vous attendait avec impatience, mes chéris." Une femme magnifique, grande et sculpturale, dotée d'une chevelure blonde en cascade et vêtue d'une provocante robe de soie rouge fendue sur la cuisse, les tenait calmement en joue. Son arme était un pistolet automatique noir mat, équipé d'un lourd silencieux professionnel. C'était Veronica, la si dévouée et irréprochable assistante personnelle de Julian au sein de l'entreprise. En une fraction de seconde, les pièces du puzzle s'assemblèrent dans l'esprit d'Elara. Elle comprit instantanément l'ampleur de la manipulation. "Tu es sa maîtresse depuis tout ce temps." Veronica sourit d'un air mauvais, cruel et triomphant, sans baisser son arme d'un millimètre. "Félicitations pour ta clairvoyance, chérie. Tu es toujours un peu lente à la détente, mais tu finis par comprendre l'évidence. Julian préférait les femmes qui ont de l'esprit."