Chapitre 5 - Le Vol de Nuit

Il fallait fuir le pays de toute urgence, avant que le FBI n'émette un avis de recherche fédéral et une interdiction formelle de vol à son encontre, bloquant toutes les frontières. Heureusement, Liam, en bon journaliste d'investigation frayant souvent avec les bas-fonds, avait des contacts obscurs. De faux passeports canadiens remarquablement imités, de nouvelles identités forgées de toutes pièces. En quelques heures, Elara Vance cessa d'exister pour devenir "Sarah Jenkins", une modeste touriste lambda. Dans la soute obscure, bruyante et vibrante de l'avion cargo rouillé qui les emmenait clandestinement vers l'île de Nassau, l'air était glacial, raréfié, et empestait fortement l'huile de moteur et le renfermé. Assise sur une caisse de bois brut, Elara frissonna violemment dans sa fine veste, ses dents claquant légèrement. "Tu as peur ?" demanda Liam avec douceur, en s'approchant pour lui tendre un petit thermos bosselé rempli de café noir fumant. "Je suis absolument terrifiée, oui," avoua-t-elle sans honte, prenant le thermos à deux mains pour puiser un peu de chaleur. "Il y a quelques jours à peine, j'étais dans un bureau luxueux en train de choisir avec soin les compositions florales pour l'enterrement de mon mari. Et aujourd'hui, à cet instant, je suis une fugitive internationale, activement traquée par la police de New York, le FBI, une belle-mère sociopathe milliardaire et un cartel de la drogue mexicain avide de sang." Liam s'assit lourdement à côté d'elle sur la caisse, leurs épaules se touchant presque dans l'exiguïté de l'espace, offrant un réconfort silencieux. "Julian a fait une erreur fatale. Il a sous-estimé une chose essentielle. Il était persuadé que tu allais simplement t'effondrer, pleurer à chaudes larmes et jouer la veuve docile. Il ne s'attendait certainement pas à ce que tu prennes un marteau de chantier pour détruire publiquement et violemment son mensonge devant le tout New York mondain. Tu as un cran incroyable, Elara." Ces mots, prononcés avec une conviction sincère, réchauffèrent un peu le cœur meurtri d'Elara. Depuis son mariage arrangé avec l'argent de Wall Street, on l'avait toujours condescendamment traitée comme une jolie potiche décorative, juste bonne à sourire sur les photos. Julian contrôlait tout, de ses tenues à ses amitiés. Pour la toute première fois de sa vie, au milieu du chaos le plus total, elle prenait enfin le contrôle absolu de son propre destin. Soudain, sans aucun avertissement préalable, le vieil avion subit de très fortes turbulences, chutant de plusieurs dizaines de mètres en un instant. Le copilote cria, la voix déformée par l'interphone grésillant : "Accrochez-vous derrière ! On a un problème critique avec le moteur droit, on perd de l'altitude !" L'avion plongea violemment sur le côté, les alarmes sonnant de manière assourdissante. Les lourdes caisses de marchandises mal arrimées glissèrent dangereusement sur le sol de métal, menaçant à tout instant de les écraser comme des insectes. Liam, par un réflexe de protection foudroyant, attrapa fermement Elara par la taille et la plaqua violemment contre la paroi courbe de l'appareil, son propre corps servant de bouclier humain contre les objets volants. La panique monta en flèche, l'odeur de la peur envahit l'habitacle, mais en plongeant son regard au fond des yeux sombres de Liam, Elara y vit une détermination sans la moindre faille. Ce journaliste entêté était prêt à risquer sa propre vie pour cette histoire. Ou peut-être, se surprit-elle à penser avec un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid, pour elle.