Chapitre 3 - L'Évasion sous la Pluie

Il était 23h00, et le Commissariat central de New York empestait le café froid, la sueur froide et le désespoir. Elara était assise, recroquevillée sur elle-même, dans une salle d'interrogatoire glaciale aux murs nus. La lumière fluorescente agressive bourdonnait au-dessus de sa tête, lui donnant une migraine atroce. L'inspecteur Davis, un homme bourru à la moustache grise taillée en brosse et aux yeux fatigués mais perçants, frappa un lourd dossier cartonné sur la table métallique avec un claquement sec. "Les caméras de sécurité ultra-haute définition de Vance Enterprises vous montrent très clairement, avec une résolution parfaite, entrant furtivement dans la salle des serveurs la nuit exacte où l'argent a disparu. Votre signature électronique personnelle, nécessitant vos codes biométriques, est absolument partout sur les historiques de transferts off-shore vers les îles Caïmans. Et aujourd'hui, comme pour couronner le tout, vous cassez à coups de marteau le cercueil de votre mari prétendument mort, révélant un million en cash devant la presse entière." Davis se pencha en avant, son souffle chaud sentant le tabac s'écrasant contre le visage d'Elara. "Combien de temps pensiez-vous réellement que cette petite comédie macabre allait durer, madame Vance ?" "Je vous jure sur ma vie que je suis innocente !" s'écria Elara, la voix brisée par l'épuisement et la panique. "C'est Julian ! Julian a pris mes codes d'accès pendant que je dormais ! Il a tout simulé depuis le début. Le crash, le feu, l'accident d'hélicoptère n'était qu'un gigantesque écran de fumée pour couvrir sa fuite !" "Un écran de fumée avec de vrais débris métalliques fondus et, surtout, l'ADN certifié de votre mari retrouvé calciné sur le siège du pilote ?" rétorqua Davis avec un sarcasme mordant. "La science médico-légale ne ment pas, madame. Les preuves sont accablantes." Elara ferma les paupières, sentant les larmes de désespoir poindre. Comment diable Julian, aussi brillant soit-il, avait-il fait pour falsifier son propre ADN dans une carcasse fumante ? La lourde porte de la salle d'interrogatoire s'ouvrit dans un grincement métallique. Un homme grand, aux larges épaules, vêtu d'un trench-coat beige froissé par la pluie, entra avec assurance. Il avait les cheveux bruns en bataille, des gouttes d'eau perlant encore dessus, et un regard sombre, incroyablement perçant. "Inspecteur, la caution astronomique de madame Vance vient d'être payée en totalité," dit l'inconnu d'une voix grave et rocailleuse qui força le silence dans la pièce. Davis fronça fortement les sourcils, irrité par cette interruption. "Et vous êtes qui, au juste, pour débouler ici ?" "Liam Carter. Journaliste d'investigation indépendant pour le Tribune. Et accessoirement, je suis la personne qui vient d'avancer un demi-million de dollars comptant pour qu'elle sorte d'ici ce soir." Elara le regarda, totalement abasourdie, la bouche entrouverte. Elle ne l'avait absolument jamais vu de sa vie. "Pourquoi feriez-vous une chose pareille pour une inconnue ?" demanda-t-elle, instinctivement méfiante, reculant sur sa chaise. Liam contourna la table, s'approcha d'elle jusqu'à envahir son espace personnel, et murmura à son oreille d'un ton urgent : "Parce que je sais pertinemment que Julian n'était pas dans cet hélicoptère quand il s'est écrasé. Et si vous voulez avoir une chance de rester en vie d'ici demain matin, vous devez venir avec moi, sans poser de questions, maintenant." À l'extérieur du commissariat, la pluie d'automne tombait toujours à verse, transformant les rues de New York en miroirs noirs. Liam attrapa le bras d'Elara et la poussa sans ménagement dans une vieille berline noire garée en double file. "Baisse-toi sur le siège, tout de suite !" ordonna-t-il sèchement alors que des crissements de pneus stridents se faisaient entendre au coin de la rue. Un imposant SUV noir aux vitres teintées venait de s'arrêter brutalement devant l'entrée du commissariat, quatre hommes massifs en costume sombre en sortant précipitamment. La matriarche Eleanor n'avait pas perdu de temps : elle avait déjà envoyé ses chiens de garde pour la récupérer.