Chapitre 13 - Le Bal des Hypocrites

Le somptueux hôtel Waldorf Astoria brillait de mille feux, illuminant la nuit new-yorkaise. Le tout New York de l'élite, les politiciens, les stars et les milliardaires, s'était pressé au gala, l'air avide, friand de ragots sanglants et de scandale autour de la famille Vance. Eleanor Vance, ignorant délibérément la tempête qui grondait autour de son empire vacillant, trônait tel un monarque absolu au centre de l'immense salle de bal scintillante. Elle était majestueuse et terrifiante dans une somptueuse robe de velours noir corbeau, jouant à la perfection le rôle poignant de la mère courage, la veuve éplorée brisée par le destin tragique de son fils chéri et par les odieuses fausses accusations d'une belle-fille dérangée. Elara fit son apparition tardivement, théâtralement. Vêtue d'une robe de soie rouge sang, moulante et vertigineuse, qui contrastait violemment et de façon provocante avec sa précédente tenue de deuil en lambeaux, elle attira instantanément tous les regards horrifiés et fascinés en descendant très lentement le grand escalier de marbre central. Un silence de mort, lourd de reproches silencieux, s'abattit immédiatement sur la salle dorée. L'orchestre de chambre cessa de jouer presque instantanément, quelques violons grinçant d'étonnement. Eleanor, au centre de sa cour, se figea, son verre de champagne en cristal tremblant si fort dans sa main que le liquide menaça de se renverser. "Mon Dieu, que fait cette vulgaire criminelle dans ma réception ? Que fait la sécurité, jetez-la dehors !" aboya Eleanor avec une fureur à peine contenue, son masque mondain glissant enfin. Mais Elara s'avança calmement, sereine et intouchable, fendant la foule médusée, sachant que les agents fédéraux du FBI cachés dans la régie écoutaient et enregistraient scrupuleusement chaque mot, chaque souffle, grâce au micro ultra-sensible caché dans le fermoir de son lourd collier de diamants prêté par les autorités. "Bonsoir, très chère Eleanor. J'espère ne pas déranger. Je suis venue faire un généreux don de la part de Julian pour votre merveilleuse fondation," dit Elara d'une voix forte, claire et moqueuse, pour que toute la haute société amassée puisse l'entendre clairement. Elle s'approcha audacieusement à quelques centimètres à peine du visage figé par la rage de la redoutable matriarche. "Espèce de misérable petite vipère ingrate," murmura Eleanor entre ses dents parfaitement blanches, gardant un sourire horriblement crispé à l'attention des caméras des paparazzis qui mitraillaient la scène de flashs. "Tu penses vraiment avoir gagné cette guerre simplement parce que ce stupide garçon gâté de Julian a été assez faible pour se faire prendre par la police à Monaco ?" "Je ne le pense pas, je le sais. Et je sais surtout avec certitude que c'est vous, Eleanor, qui avez orchestré de bout en bout le faux crash de l'hélicoptère. Je sais pertinemment que vous traitez activement et directement avec les bouchers du cartel de Sinaloa depuis des années pour sauver votre entreprise familiale de la faillite totale," murmura Elara en retour, le regard planté comme un poignard acéré dans celui, glacial, de sa belle-mère. Eleanor, sûre de son impunité de femme blanche et milliardaire, rit doucement, un petit rire guttural, suffisant et profondément glaçant. "Tu es encore plus bête que tu n'en as l'air, ma pauvre enfant. Tu n'as absolument aucune preuve matérielle de ce que tu avances. Le tribunal rira de toi. Je suis Eleanor Vance. Je suis riche, puissante, je suis littéralement intouchable dans cette ville. Et si tu continues à me harceler de la sorte, je m'assurerai personnellement que tu aies, cette fois-ci, un véritable et tragique accident mortel. Un malheureux frein de voiture soudainement défectueux sur l'autoroute, une mauvaise chute brisant la nuque dans les escaliers de ton immeuble minable... Le cartel, tu vois, est extrêmement créatif, rapide et efficace quand on le paie très, très bien." Elara, loin d'être terrifiée, sourit avec un soulagement intense. Le piège s'était refermé. "Merci infiniment, Eleanor. C'est très exactement, mot pour mot, l'aveu spontané que j'avais tant besoin d'entendre ce soir."