Chapter 13 - La femme qui portait un autre nom

Gabriel se réveilla après l'opération avec Bianca assise près du lit.
— Nous avons gagné ? demanda-t-il d'une voix faible.
— Victor et Pierce sont détenus.
— Alors pourquoi fais-tu cette tête ?
Bianca posa sur la table une photographie de la dernière page du livre bleu.
Gabriel lut le transfert.
— Je n'ai pas signé cela.
— La signature a passé une première expertise. Elle semble authentique.
— La procuration que tu as enregistrée semblait authentique elle aussi.
Bianca encaissa le reproche.
— C'est justement pour cela que je pose la question avant de t'accuser.
Gabriel essaya de se redresser et laissa échapper un gémissement.
— Il y a trois mois, j'ai reçu l'appel d'un homme qui disait représenter un réseau de refuges créé par mon père. Il demandait un transfert urgent pour protéger des témoins.
— Qui a validé le compte ?
— Julian.
Bianca ferma les yeux.
— Toujours Julian.
— Il m'a envoyé des contrats et une phrase codée que seul mon père connaissait.
— Quelle phrase ?
— « La neige tombe d'abord sur le lac. »
Thomas, qui entrait à cet instant, s'arrêta.
— Cette phrase n'était pas la mienne.
— Tu l'as utilisée dans une lettre quand j'avais dix ans.
— Elle appartenait à Daniel.
Gabriel comprit.
— Victor a obtenu le code grâce à ton frère.
Thomas examina la signature.
— Elle est probablement réelle. Tu as autorisé l'argent en croyant sauver des témoins.
— Et il a financé Victor, dit Bianca.
— C'était ce qu'il voulait : transformer chaque acte de confiance en preuve de culpabilité.
La police ne pouvait pas ignorer le document. Gabriel fut placé sous enquête et dut remettre son passeport. Le conseil annonça la suspension de toutes ses fonctions jusqu'à ce que le transfert soit éclairci.
À un autre étage de l'hôpital, Celeste demanda à parler seule avec Bianca.
La femme avait retrouvé une partie de ses forces. Samuel resta dans le couloir, respectant une conversation qu'il avait attendue pendant vingt-six ans.
Celeste sortit une enveloppe de sous son oreiller.
— Rosa m'a donné ceci avant de disparaître.
C'était un acte de naissance original.
Nom : Beatrice Celeste Reed.
Père : Samuel James Reed.
Mère : Celeste Anne Bennett.
— Beatrice, lut Bianca.
— Je t'appelais Bea.
— Victor disait que mon nom avait toujours été Bianca.
— Il a tout changé. Ton prénom, ton nom de famille et même la date exacte de ta naissance. Il voulait empêcher quiconque de faire le lien entre Samuel et toi.
Bianca tenait le document.
— Alors, légalement, je n'ai jamais été sa fille.
— Il t'a adoptée grâce à de faux documents. Cela n'efface pas les années que tu as vécues.
— Cela signifie aussi que mon mariage avec Gabriel a été enregistré sous une fausse identité.
Celeste acquiesça.
— Les avocats devront le corriger.
Bianca eut un rire amer.
— Mon mariage, ma fondation, mes diplômes. Tout appartient à une personne inventée.
— Tu n'es pas un document.
— Je me suis comportée comme lui. J'ai humilié des employés, volé de l'autorité et contribué à conduire Eleanor vers son accident.
— Victor t'a appris à survivre en faisant du mal.
— Mais c'est moi qui ai choisi d'utiliser cette méthode.
Celeste lui prit la main.
— Alors choisis autre chose maintenant.
Bianca sortit et trouva Maya dans le couloir. Elle portait du café pour Sofia.
— Mon vrai nom est Beatrice Reed, dit Bianca.
Maya leva un sourcil.
— Tu veux que je t'appelle comme cela ?
— Je ne sais pas.
— Alors découvre-le avant de demander aux autres de le faire.
Bianca sourit légèrement.
— Tu es très directe.
— Vingt-six ans sans réponses réduisent la patience.
Bianca lui remit l'acte.
— Victor a changé mon identité. Il a peut-être fait la même chose avec d'autres personnes.
Maya comprit.
— La liste des patients.
Ensemble, elles examinèrent les dossiers de Saint Agnes. Elles trouvèrent de faux certificats de décès reliés à de nouvelles identités. Une femme déclarée morte dans un incendie réapparaissait plus tard comme comptable de Green Crown Media.
— C'est elle qui administrait mes comptes, dit Bianca. Elle peut prouver que Victor contrôlait les publications.
La comptable vivait à Baltimore sous une protection informelle. Elle accepta de témoigner si la police lui garantissait sa sécurité.
Elles trouvèrent également un fichier audio dans lequel Victor donnait des instructions pour transférer les vingt millions et utiliser la signature de Gabriel comme couverture.
Bianca remit l'enregistrement au procureur.
— Cela peut disculper Gabriel, dit l'enquêteur.
— Cela prouve aussi que je savais que Green Crown déplaçait de l'argent sans audit.
— Êtes-vous prête à le déclarer ?
— Oui.
— Vous pourriez être poursuivie.
— Je le sais.
Cet après-midi-là, Bianca convoqua une conférence de presse devant l'hôpital. Les journalistes s'attendaient à ce qu'elle défende Gabriel ou attaque Victor. Elle fit autre chose.
— Mon nom de naissance est Beatrice Celeste Reed, commença-t-elle. Pendant des années, j'ai utilisé une identité créée par la fraude. Je n'en connaissais pas toute la vérité, mais j'ai participé à des décisions qui ont fait du mal aux employés, aux donateurs et à la famille Westwood.
Gabriel regardait la retransmission depuis sa chambre.
— Ne fais pas cela, murmura-t-il.
Bianca poursuivit :
— Je ne suis ni la victime innocente que certains veulent présenter, ni le cerveau criminel décrit par d'autres. Je suis une femme qui a laissé la peur et l'ambition devenir de la cruauté. Je coopérerai avec la justice, je restituerai chaque dollar obtenu de manière irrégulière et je renonce à toute autorité sur Eleanor Westwood.
Les actions Westwood chutèrent encore, mais des milliers de commentaires commencèrent à modifier le ton de l'opinion publique. La confession n'effaçait pas les dégâts, mais elle se révélait plus puissante que les fausses vidéos.
À la fin, un journaliste cria :
— Êtes-vous toujours mariée à Gabriel Westwood ?
Bianca inspira profondément.
— Juridiquement, un tribunal devra répondre à cette question. Personnellement, Gabriel mérite de décider s'il peut construire une vie avec quelqu'un qui lui a caché tant de choses.
Elle retourna à l'hôpital.
Gabriel l'attendait debout malgré les ordres des médecins.
— Tu n'avais pas besoin de te détruire pour me sauver.
— Je ne l'ai pas fait pour toi.
— Cela a sonné plus mal que tu ne le voulais.
— Je l'ai fait parce que c'était la vérité.
Gabriel s'approcha.
— Je t'aime.
Bianca ferma les yeux.
— L'amour ne suffit pas.
— Non. Mais il peut être l'endroit d'où nous commencerons le travail.
— Nous devons nous séparer.
Il mit du temps à répondre.
— C'est ce que tu veux ?
— J'ai besoin de découvrir qui je suis sans ton nom, sans celui de Victor et sans utiliser une autre famille comme refuge.
Gabriel acquiesça malgré la douleur.
— Alors j'attendrai sans exiger de promesse.
Bianca posa son alliance sur la table.
— N'attends pas sans bouger. Répare ce qui t'appartient.
Lorsqu'elle sortit, Eleanor se trouvait dans le couloir.
— La conférence était courageuse, dit-elle.
— Elle était aussi opportune. Avouer avant d'être accusée peut m'aider juridiquement.
— L'honnêteté et l'intérêt personnel peuvent exister en même temps.
Bianca la regarda.
— Pourrez-vous un jour me pardonner ?
— Je ne sais pas.
— Merci de ne pas mentir.
Eleanor observa l'alliance dans la chambre.
— Mais aujourd'hui, tu as fait quelque chose que Victor n'aurait jamais fait. Tu as accepté de perdre du pouvoir pour dire la vérité.
Bianca partit avec Celeste et Samuel.
Cette nuit-là, un juge reconnut provisoirement Sofia comme Sofia Westwood et Maya comme sa fille. Pour la première fois, Maya apparut dans un document officiel avec une histoire complète.
Mais la joie fut de courte durée.
La police annonça que l'homme détenu comme Victor avait été retrouvé mort dans sa cellule.
Pierce affirma qu'il ne s'agissait pas d'un suicide.
— Victor avait un dispositif d'urgence, dit-il pendant l'interrogatoire. S'il ne sortait pas libre, un fichier automatique détruirait tout le monde.
— Quel fichier ? demanda le procureur.
Pierce sourit.
— L'enregistrement du meurtre de Thomas Westwood.
L'enquêteur fit remarquer que Thomas était vivant.
— Je ne parle pas du Thomas qui est revenu, répondit Pierce. Je parle du véritable.
Le lendemain matin, les résultats ADN comparèrent Thomas à Eleanor et Gabriel.
L'homme revenu à la villa était le frère de Thomas.
Ce n'était pas Thomas.
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C'était Daniel Westwood.
Et l'homme que la famille avait enterré cinq ans plus tôt était le véritable Thomas.