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Le Cri derrière les Portes / Chapter 7 / 15

Chapter 7 - La femme sans nom

La clinique Keller se trouvait au bord d’un lac, derrière une forêt de sapins et un mur de pierre couvert de lierre.

De l’extérieur, elle ressemblait davantage à un hôtel de repos qu’à un établissement médical. Une plaque indiquait qu’elle accueillait des patients souffrant de troubles neurologiques sévères et de traumatismes prolongés.

Daniel observait l’entrée depuis la camionnette stationnée sur une route secondaire.

— Nous ne pouvons pas entrer avec de faux noms, dit Claire. Ils reconnaîtront Juliette.

— Nous pourrions remettre les documents à la police suisse, proposa Marc.

Beaumont, toujours en visioconférence, secoua la tête.

— Les preuves sont fortes, mais elles concernent principalement des délits commis en France. Si Keller possède des relations locales, il aura le temps de déplacer la patiente avant l’intervention des autorités.

Juliette gardait les yeux fixés sur le bâtiment.

— J’entre seule.

— Certainement pas, répondit Daniel.

— Il ne sait peut-être pas que j’ai rejoint votre camp.

— Ton père nous a suivis depuis Genève.

— Alors Keller sait déjà que nous sommes ici.

Claire posa une main sur le bras de Juliette.

— Nous entrerons ensemble.

Elle expliqua qu’en tant qu’ancienne infirmière, elle pouvait reconnaître certains signes de médication forcée ou de détention médicale abusive. Marc resterait dans le véhicule pour surveiller les systèmes de sécurité. Daniel et l’un des agents les suivraient à distance.

Juliette se présenta à l’accueil sous son véritable nom.

La réceptionniste pâlit presque imperceptiblement.

— Je souhaite voir le docteur Keller.

— Avez-vous un rendez-vous ?

— Dites-lui que je viens au sujet de Sophie Armand.

La femme cessa de taper sur son clavier.

Quelques minutes plus tard, un homme maigre aux cheveux blancs descendit l’escalier principal. Le docteur Keller portait une blouse impeccable et de fines lunettes métalliques.

— Mademoiselle Armand, quelle surprise.

— Où est ma mère ?

Le médecin lui adressa un sourire prudent.

— Votre mère est décédée lorsque vous étiez enfant.

Juliette sortit la lettre d’Étienne.

— Il affirme le contraire.

Le sourire disparut.

Keller regarda Claire, puis Daniel, qui venait d’entrer dans le hall.

— Monsieur Moreau. J’ai appris que vous souffriez récemment d’un épisode psychologique sérieux.

Daniel s’avança.

— Le certificat que vous avez signé sera bientôt examiné par la justice.

— J’ai agi d’après les informations transmises par votre famille.

— Vous avez affirmé m’avoir ausculté à Genève.

— Une erreur administrative.

— Tout comme les médicaments de mon père ?

Keller ne répondit pas.

Juliette frappa le comptoir de sa paume.

— Je veux voir Sophie.

— Il n’existe aucune patiente de ce nom ici.

Marc parla dans l’écouteur de Daniel.

— J’ai accès au registre interne. Il n’y a pas de Sophie Armand, mais une patiente sans identité complète a été admise il y a dix-sept ans. Dossier S-17.

Daniel répéta :

— Dossier S-17.

Le visage de Keller se vida de toute couleur.

Il fit signe à deux employés de sécurité placés près de l’escalier. Daniel se positionna devant Claire et Juliette, tandis que son agent avançait à son tour.

Claire leva la voix.

— Si vous essayez de nous retenir, une copie des documents sera envoyée immédiatement aux autorités françaises et suisses.

Keller fixa son téléphone.

— Vous ne comprenez pas la situation.

— Alors expliquez-la, dit Juliette.

Le médecin les conduisit finalement dans un bureau insonorisé. Il ferma la porte, retira ses lunettes et se laissa tomber dans un fauteuil.

— Votre mère n’aurait pas dû survivre à l’accident.

Juliette devint livide.

— Quel accident ?

Keller expliqua que Sophie Armand avait voulu quitter Antoine après avoir découvert ses activités financières avec Hélène. Elle menaçait également de révéler que Juliette était la fille d’Étienne Moreau.

Une nuit, sa voiture avait quitté la route dans un virage.

Sophie avait été grièvement blessée, mais vivante.

— Antoine l’a fait transférer ici, poursuivit Keller. Il a payé pour que son identité disparaisse.

— Et vous avez accepté ? demanda Claire.

— À l’époque, j’avais des dettes considérables.

— Vous l’avez gardée prisonnière pendant dix-sept ans.

— Elle souffrait de lésions cérébrales.

— Cela ne justifie pas l’effacement de son existence.

Keller baissa les yeux.

— Au début, elle était réellement incapable de communiquer. Puis elle a commencé à retrouver la mémoire.

Juliette tremblait.

— Depuis combien de temps peut-elle parler ?

— Environ huit ans.

Le silence devint insupportable.

Juliette s’approcha du médecin.

— Vous saviez qu’une enfant croyait sa mère morte.

— Antoine menaçait ma famille.

— Vous avez choisi votre confort.

Keller ne tenta pas de se défendre.

Daniel posa les carnets d’Étienne sur le bureau.

— Vous avez également modifié les médicaments d’Étienne Moreau.

— Hélène m’a demandé de réévaluer son traitement.

— Réévaluer ?

— Certaines doses ont été augmentées.

Claire comprit immédiatement.

— Des anticoagulants ? Des sédatifs ?

— Principalement des substances provoquant une faiblesse cardiaque progressive.

Daniel sentit ses poings se fermer.

— Vous l’avez empoisonné.

— Je n’ai jamais administré les médicaments moi-même.

— Vous saviez ce qu’ils produiraient.

Keller se leva.

— J’ai conservé les ordonnances, les échanges et les résultats d’analyse. Je savais qu’un jour j’aurais besoin d’une protection.

— Donnez-nous tout, ordonna Daniel.

Le médecin ouvrit un coffre dissimulé derrière une bibliothèque. Il en sortit plusieurs dossiers et une clé électronique.

Au même instant, Marc cria dans l’écouteur :

— Des véhicules arrivent par l’entrée nord. Six hommes. Probablement ceux de Genève.

Keller regarda par la fenêtre.

— Antoine ne devait jamais venir ici.

— Il vient supprimer les témoins, répondit Claire.

Keller saisit les dossiers.

— Suivez-moi.

Ils empruntèrent un ascenseur réservé au personnel et descendirent au niveau inférieur. Le couloir sentait le désinfectant. Plusieurs portes ne portaient aucun nom, seulement des numéros.

Keller s’arrêta devant la chambre 17.

Juliette posa sa main sur la poignée, incapable de l’abaisser.

Claire resta près d’elle.

— Je suis là.

Juliette ouvrit.

Une femme très mince était assise près de la fenêtre. Ses cheveux, autrefois probablement blonds, étaient presque entièrement blancs. Une cicatrice descendait de sa tempe jusqu’à sa mâchoire.

Elle tourna lentement la tête.

Ses yeux se posèrent sur Juliette.

Pendant plusieurs secondes, elle ne manifesta aucune réaction.

Puis ses lèvres s’entrouvrirent.

— Ma petite étoile…

Juliette poussa un cri étouffé.

C’était le surnom que sa mère lui donnait avant sa prétendue mort.

Elle traversa la chambre et tomba à genoux devant elle.

— Maman ?

Sophie leva une main tremblante et toucha son visage.

— Tu as grandi.

Juliette se mit à pleurer contre ses genoux.

Claire détourna les yeux, bouleversée.

Des coups de feu retentirent à l’étage supérieur.

Keller verrouilla la porte.

— Il existe une sortie médicale derrière le service de rééducation.

Sophie sembla comprendre le danger.

— Antoine ?

— Oui, répondit Juliette.

La peur traversa immédiatement le visage de sa mère.

Ils placèrent Sophie dans un fauteuil roulant. Claire vérifia rapidement son pouls et les perfusions.

— Elle est fortement sédatée.

— Son traitement du matin, expliqua Keller.

— Vous devez arrêter de l’appeler un traitement.

Ils progressèrent dans le couloir. L’alarme incendie se déclencha. Des patients et des employés sortirent des chambres, créant une confusion qui ralentissait leur fuite.

Près de la sortie arrière, un homme armé apparut.

Daniel poussa le fauteuil derrière un mur. Son agent maîtrisa l’assaillant après une lutte violente, mais un second homme surgit et tira.

La balle atteignit Keller à l’abdomen.

Il s’effondra.

Claire se précipita vers lui.

— Compression immédiate !

Daniel appuya sur la blessure tandis que Keller cherchait l’air.

— Les dossiers, murmura-t-il. Ne les laissez pas disparaître.

Il tendit la clé électronique à Juliette.

— Tout est là.

Des sirènes suisses approchaient enfin de la clinique. Marc avait déclenché l’alerte dès l’arrivée des hommes d’Antoine.

Ils sortirent par le jardin médical. Sophie fut transférée dans la camionnette, tandis que Claire continuait de maintenir Keller conscient.

Avant que les secours ne les rejoignent, le médecin agrippa le poignet de Daniel.

— Votre mère ne voulait pas seulement tuer Étienne.

Daniel se pencha.

— Qui d’autre ?

— Vous.

Daniel resta figé.

— Le certificat psychologique était la première étape. Ensuite, un accident devait survenir pendant votre transfert vers une clinique privée.

Claire releva brusquement les yeux.

Keller ajouta dans un souffle :

— Hélène ne partage jamais le pouvoir. Même avec son propre fils.

Les ambulanciers emportèrent le médecin.

Daniel regarda la clinique derrière lui. Des policiers arrêtaient plusieurs hommes, mais Antoine n’était pas parmi eux.

Dans la camionnette, Juliette tenait la main de sa mère retrouvée.

Sophie tourna son visage vers Daniel.

— Tu as les yeux d’Antoine, murmura-t-elle.

Daniel ne répondit pas.

— Mais tu ne lui ressembles pas, ajouta-t-elle.

Pour la première fois depuis la révélation de sa naissance, Daniel sentit qu’il pouvait choisir lui-même la famille à laquelle il appartenait.

Son téléphone sonna.

Camille appelait de Paris.

Sa voix était paniquée.

— Daniel, des agents des services sociaux sont venus. Ils ont un ordre signé par un juge.

Claire arracha presque le téléphone de sa main.

— Où est Éloïse ?

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Camille se mit à pleurer.

— Ils veulent l’emmener.

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