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Le Cri derrière les Portes / Chapter 3 / 15

Chapter 3 - Les preuves invisibles

Daniel passa la nuit dans le cabinet de Maître Adrien Beaumont.

Le bureau de l’avocat occupait le dernier étage d’un immeuble donnant sur la place Vendôme. Des bibliothèques sombres couvraient les murs, mais Daniel ne voyait ni les livres ni les lumières de Paris derrière les fenêtres. Toute son attention était fixée sur l’écran où apparaissait Claire, assise dans une salle d’interrogatoire.

Elle avait été autorisée à conserver Éloïse jusqu’à ce que les services sociaux décident d’une solution temporaire. Le bébé dormait contre elle, enveloppé dans une couverture prêtée par une policière.

Maître Beaumont, un homme aux cheveux gris et au regard précis, referma le dossier transmis par la brigade financière.

— Les éléments contre votre femme sont considérables.

— Ils sont faux.

— Faux ne veut pas dire faciles à démonter.

Il énuméra les preuves : des virements validés avec les identifiants de Claire, des courriels envoyés depuis son adresse professionnelle, une copie de sa carte d’identité utilisée pour ouvrir un compte à Bruxelles et des enregistrements téléphoniques dans lesquels une voix féminine négociait le transfert de l’argent.

— Ce n’est pas elle.

— Je vous crois. Mais la voix lui ressemble énormément.

Daniel passa une main sur son visage.

— Une imitation numérique ?

— C’est possible. Cependant, nous devons le prouver avant que le procureur ne demande son placement en détention.

Daniel consulta sa montre.

— Combien de temps avons-nous ?

— Quelques heures.

La porte s’ouvrit. Camille, la jeune domestique, entra, accompagnée de Marc Delcourt. Ils semblaient tous deux nerveux.

Daniel se leva.

— Vous avez trouvé quelque chose ?

Marc posa un ordinateur portable sur la table.

— Je n’ai plus accès aux serveurs principaux, mais votre système effectue une copie de sécurité extérieure chaque nuit. C’était une précaution ordonnée par votre père avant sa mort. Madame Hélène semblait l’avoir oubliée.

Il ouvrit plusieurs fichiers.

Les journaux de connexion montraient que les virements avaient été autorisés depuis l’ordinateur de Claire, dans le bureau de la fondation. Pourtant, aux heures indiquées, Claire se trouvait à l’hôpital avec Éloïse pour des examens pédiatriques.

— Les caméras de l’hôpital pourront le confirmer, dit Daniel.

— Oui, répondit Marc. Mais quelqu’un s’est connecté physiquement depuis son bureau en utilisant ses identifiants.

— Qui ?

Marc afficha une séquence issue d’une caméra de sécurité interne.

L’image montrait un couloir sombre. À vingt-trois heures dix-sept, une silhouette entrait dans le bureau de Claire.

L’angle ne permettait pas de distinguer le visage, mais la personne portait une veste claire et marchait avec une légère raideur de la jambe droite.

Daniel connaissait cette démarche.

— Antoine Armand.

Marc hocha la tête.

— Il a subi une opération du genou l’année dernière.

— Cela ne suffira pas pour identifier formellement la personne, intervint Beaumont. Existe-t-il un autre angle ?

— La caméra située face au bureau a été désactivée.

— Par qui ?

Marc afficha une nouvelle ligne de données.

— Avec le compte d’Hélène Moreau.

Le silence remplit la pièce.

Daniel n’éprouva aucune satisfaction. Seulement une lourde douleur. Une partie de lui espérait encore découvrir que sa mère avait été manipulée par Antoine. Les données indiquaient au contraire qu’elle participait directement à l’opération.

Camille restait debout près de la porte, les mains serrées.

— Vous vouliez nous dire quelque chose, lui demanda Daniel.

Elle acquiesça.

— Madame Claire m’avait demandé de ne jamais parler.

— Pourquoi ?

— Parce que Madame Hélène menaçait de renvoyer ma mère.

Camille expliqua que sa mère travaillait depuis vingt-cinq ans pour la famille Moreau. Elle vivait dans un petit appartement appartenant à l’entreprise. Hélène avait promis de les expulser toutes les deux si Camille révélait ce qu’elle voyait dans la maison.

— Depuis quand maltraitait-elle Claire ?

— Depuis votre mariage, répondit Camille. Mais après la naissance d’Éloïse, c’est devenu pire.

Lorsque Daniel voyageait, Hélène contrôlait les repas de Claire, surveillait ses appels et intervenait constamment dans les soins du bébé. Elle répétait que Claire était instable, incompétente et indigne d’élever une héritière Moreau.

Quelques semaines auparavant, elle avait même remplacé les médicaments prescrits après l’accouchement par des comprimés différents.

— Quels comprimés ? demanda Beaumont.

— Je ne sais pas. Madame Claire devenait très somnolente après les avoir pris.

Daniel se leva si brusquement que sa chaise tomba.

— Pourquoi ne m’a-t-elle rien dit ?

Camille le regarda avec tristesse.

— Elle a essayé.

Cette phrase le frappa plus durement qu’une accusation.

Camille sortit son téléphone et montra une série de messages que Claire lui avait demandé d’envoyer à Daniel lorsque son propre appareil lui avait été retiré.

Aucun n’était parvenu jusqu’à lui.

Marc examina les captures.

— Ils ont été bloqués par le système de sécurité installé sur votre téléphone professionnel.

Daniel se souvint qu’Hélène lui avait recommandé ce programme après une tentative de piratage. Le logiciel filtrait ses communications et synchronisait ses messages avec les serveurs de l’entreprise.

— Elle pouvait choisir ce que je recevais.

— Exactement, confirma Marc.

Daniel retourna près de la fenêtre.

Durant des mois, sa mère n’avait pas seulement isolé Claire. Elle avait construit autour de lui une réalité artificielle. Elle supprimait les appels, modifiait les messages et présentait chaque signe de détresse comme une faiblesse émotionnelle de sa femme.

— Daniel, dit Beaumont, vous devrez vous reprocher certaines choses plus tard. Pour le moment, nous devons libérer Claire.

Marc poursuivit ses recherches.

À trois heures du matin, il retrouva la copie d’un courriel effacé. Le message avait été envoyé par Antoine Armand à une société technologique basée à Tallinn. Il demandait la création d’enregistrements vocaux à partir d’échantillons fournis.

Le nom du fichier joint était : « Claire_Voix_Archives ».

— Voilà le lien avec les faux enregistrements, déclara Beaumont.

— Peut-on obtenir les fichiers originaux ?

— Pas immédiatement.

Camille hésita.

— Il existe peut-être une autre preuve.

Tous se tournèrent vers elle.

— Madame Hélène conserve un petit appareil dans son bureau privé. Elle enregistre parfois ses conversations. Elle dit que les gens révèlent toujours leur véritable nature lorsqu’ils pensent ne pas être surveillés.

— Où est cet appareil ?

— Derrière le portrait de Monsieur Étienne Moreau.

Étienne, le père de Daniel, était mort trois ans auparavant. Son portrait dominait le bureau d’Hélène comme une présence silencieuse.

— Nous devons entrer dans la maison, dit Daniel.

Beaumont secoua la tête.

— Après les événements de ce soir, votre mère aura renforcé la sécurité. Une intrusion pourrait se retourner contre nous.

— La maison m’appartient en partie.

— Juridiquement, oui. Mais elle peut affirmer que vous avez manipulé les preuves.

Camille leva timidement la main.

— Je peux entrer.

— Non, répondit Daniel.

— J’y travaille encore. Madame Hélène ne sait pas que je suis ici. Elle pense que je suis rentrée chez ma mère.

Daniel refusa de risquer sa sécurité, mais Camille insista.

— Madame Claire m’a protégée plusieurs fois. Ce soir, lorsque Madame Hélène a voulu me renvoyer pour avoir donné un biberon au bébé, Claire a accepté de signer la première page de la confession pour qu’elle me laisse tranquille. Je dois faire quelque chose.

À quatre heures quinze, ils élaborèrent un plan.

Camille retournerait à la propriété en prétendant avoir oublié ses clés. Elle entrerait par les quartiers du personnel, récupèrerait l’enregistreur et ressortirait sans accéder aux autres pièces.

Avant son départ, Daniel lui donna un petit émetteur.

— Au moindre problème, appuyez ici. Nous appellerons immédiatement la police.

Camille quitta le bureau.

Une heure plus tard, l’image de sa caméra miniature apparut sur l’ordinateur de Marc.

Elle traversa la cuisine, monta l’escalier de service et atteignit le couloir du premier étage. La maison semblait plongée dans le silence.

Elle entra dans le bureau d’Hélène.

Le portrait d’Étienne Moreau était suspendu derrière un grand bureau en acajou. Camille le souleva légèrement. Un petit appareil noir était fixé au mur.

Elle tendit la main.

Une lampe s’alluma soudain.

Hélène était assise dans un fauteuil au fond de la pièce.

— Je me demandais combien de temps il faudrait à Daniel pour t’envoyer, dit-elle.

Camille recula.

Sur l’écran, Daniel se leva.

Hélène regarda directement la petite caméra dissimulée dans le vêtement de la domestique.

— Tu m’entends, mon fils ?

Elle prit l’enregistreur posé sur la table devant elle.

— Est-ce ceci que tu cherches ?

Puis elle le jeta dans le feu de la cheminée.

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Les flammes engloutirent l’appareil.

— Maintenant, dit Hélène, voyons jusqu’où tu es prêt à aller pour sauver une femme qui ne t’a jamais dit toute la vérité.

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