Chapter 10 - Le prix d’un héritier

Daniel traversa la forêt sous une pluie violente.
Les policiers tentaient de l’arrêter, mais il continua jusqu’à la façade de Valmont. Une fenêtre venait d’exploser au rez-de-chaussée. Des agents pénétraient déjà dans l’aile ouest tandis que d’autres progressaient vers l’ancienne piste.
— Claire ! cria-t-il.
À l’intérieur, le salon était plongé dans une lumière rouge provenant des lampes de secours.
Claire se trouvait derrière un canapé, Éloïse serrée contre elle. Le bébé pleurait, mais semblait indemne.
Juliette était allongée près de la cheminée, une main pressée contre sa cuisse ensanglantée.
Antoine avait disparu.
Hélène se tenait devant une porte ouverte menant aux caves. Elle pointait l’arme abandonnée par Antoine vers Claire.
— Posez ce pistolet, ordonna Daniel.
Sa mère se tourna vers lui.
— Tu es venu.
— Évidemment.
— Malgré tout ce qu’elle t’a caché.
— Claire ne m’a jamais caché une tentative de meurtre.
Hélène sourit tristement.
— Tu ne comprends toujours rien.
Daniel avança lentement.
— Je comprends que vous avez empoisonné Étienne. Vous avez enfermé Sophie, fabriqué des preuves contre Claire et tenté de me faire tuer.
— J’ai construit ta vie.
— Vous avez essayé de la posséder.
— Sans moi, tu ne serais qu’un enfant illégitime d’Antoine Armand.
Daniel s’arrêta.
— Sans Étienne, peut-être. Mais c’est lui qui a fait de moi l’homme que je suis.
Cette réponse sembla blesser Hélène davantage que toutes les accusations.
— Il était faible.
— Il vous a aimée malgré ce que vous étiez.
— Il m’a humiliée !
Sa voix résonna dans le salon.
Pour la première fois, Daniel vit disparaître le masque de maîtrise qu’elle portait depuis toujours.
Hélène raconta qu’elle avait épousé Étienne lorsqu’elle était très jeune. Il possédait le nom, l’argent et le respect de tous. Elle, pourtant, restait toujours « l’épouse d’Étienne Moreau ».
Antoine lui promettait une existence différente. Avec lui, elle se sentait désirée et puissante. Lorsqu’elle tomba enceinte de Daniel, elle crut pouvoir forcer Étienne à lui céder davantage de contrôle.
— Il a accepté de te reconnaître, dit-elle. Mais il ne m’a jamais pardonné.
— Il vous a protégée du scandale.
— Il m’a regardée chaque jour comme une femme à qui il avait accordé sa pitié.
Daniel comprit que toute la violence d’Hélène était née d’une humiliation qu’elle avait nourrie pendant des décennies.
— Alors vous l’avez tué.
— Il voulait tout révéler. Il voulait donner l’entreprise à Juliette et te laisser réclamer l’héritage d’Antoine. Il allait détruire le monde que j’avais construit.
— Ce monde reposait sur des mensonges.
— Toutes les familles puissantes reposent sur des mensonges.
Claire se releva derrière le canapé.
— Non. Elles reposent sur les personnes qui acceptent de se taire.
Hélène dirigea l’arme vers elle.
— Toi, tu aurais pu vivre confortablement. Il te suffisait d’obéir.
— Vous m’avez frappée devant ma fille.
— Parce que tu refusais de comprendre.
— J’ai parfaitement compris.
Claire plaça Éloïse contre son épaule.
— Vous ne vouliez pas protéger cette famille. Vous vouliez que chaque personne y ait peur de vous.
Hélène resserra son doigt sur la détente.
Daniel fit un pas.
— Donnez-moi l’arme.
— Recule.
— Vous ne tirerez pas sur Claire en tenant Éloïse dans votre ligne de feu.
— Tu crois que je ne sacrifierais pas un enfant pour sauver tout ce que j’ai créé ?
Daniel vit le visage de sa femme se décomposer.
Hélène venait de franchir une limite dont même lui ne l’avait pas crue capable.
Un bruit monta des caves. Une porte métallique claqua.
Antoine tentait probablement d’atteindre un tunnel menant à la piste.
Dans l’écouteur de Daniel, Marc annonça :
— Les policiers ont trouvé l’avion. Le pilote est arrêté, mais Antoine possède peut-être un second véhicule.
Daniel ne quittait pas sa mère des yeux.
— Antoine vous abandonne.
— Il reviendra.
— Il a pointé une arme sur vous.
— Parce qu’il avait peur.
— Il vous a utilisée toute votre vie, exactement comme vous avez utilisé les autres.
Cette phrase atteignit Hélène.
Son arme baissa légèrement.
Daniel continua :
— Il ne vous a jamais choisie. Il a choisi l’argent, le groupe et le pouvoir. Dès qu’il a cru que le testament menaçait sa fortune, il a été prêt à vous tuer.
— Tais-toi.
— Étienne vous a protégée. Antoine vous abandonne.
— Tais-toi !
Hélène tira.
Daniel se jeta vers Claire.
La balle frappa le mur derrière eux.
Les policiers envahirent la pièce. Hélène tenta de tirer une seconde fois, mais Juliette, malgré sa blessure, lui saisit la cheville. Elle perdit l’équilibre. Daniel arracha l’arme de sa main.
Deux agents la plaquèrent au sol.
Hélène ne résista presque pas.
Elle regardait seulement Juliette.
— Ton père a voulu te donner ce qui appartenait à Daniel.
Juliette serra les dents sous la douleur.
— Étienne a voulu réparer ce que vous aviez détruit.
Claire remit Éloïse à Daniel, puis se précipita vers Juliette. La balle avait traversé les tissus sans toucher l’os, mais le sang coulait abondamment.
— Reste éveillée, ordonna Claire.
— Ma mère ?
— Elle est en route avec Beaumont. Elle va bien.
Juliette eut un faible sourire.
— Alors ne laissez pas Antoine s’échapper.
Les policiers descendirent dans les caves.
Ils découvrirent un passage conduisant à un ancien hangar situé près de la piste. Une voiture avait quitté les lieux quelques minutes auparavant.
Antoine avait fui.
Dans son empressement, il avait laissé derrière lui la copie du testament, mais emporté l’un des carnets originaux récupérés à Genève.
Marc examina les données copiées sur le réseau de Valmont.
— Il a envoyé plusieurs fichiers avant de partir.
— À qui ? demanda Daniel.
— À tous les membres du conseil d’administration des groupes Moreau et Armand.
Le message contenait une version manipulée des événements. Antoine y affirmait que Daniel avait fabriqué un faux testament avec Claire et Juliette afin de prendre le contrôle des deux entreprises. Il annonçait une réunion extraordinaire du conseil pour neuf heures le lendemain matin.
— Il veut nous obliger à nous présenter, dit Beaumont, arrivé avec Sophie.
— Pourquoi ? demanda Claire.
— Parce qu’en votre absence, il fera voter votre exclusion définitive. Il utilisera également les accusations contre Claire pour invalider toute décision soutenue par Daniel.
Sophie rejoignit Juliette avant son transfert vers l’ambulance. Mère et fille se prirent la main.
Hélène fut conduite à l’extérieur, menottée.
Lorsqu’elle passa près de Daniel, elle s’arrêta.
— Antoine possède encore des alliés au conseil.
— Vous pourrez lui expliquer cela lors de votre procès.
— Tu crois que mon arrestation met fin à cette histoire ?
Daniel ne répondit pas.
Hélène regarda Éloïse endormie dans ses bras.
— Un jour, elle apprendra ce que sa mère a fait à notre nom.
Claire s’approcha.
— Oui. Elle apprendra que sa mère s’est battue pour qu’elle ne devienne jamais comme vous.
Les policiers emmenèrent Hélène.
À deux heures du matin, ils quittèrent Valmont.
Juliette fut hospitalisée sous protection. Sophie resta près d’elle. Lucas, depuis Rouen, confirma qu’il témoignerait au sujet de l’incendie et de l’attaque de la gare. Keller était mort, mais les dossiers médicaux, les messages et l’enregistrement de Valmont existaient toujours.
Ils avaient assez de preuves pour envoyer Hélène en prison.
Mais Antoine demeurait libre.
Dans la voiture qui les ramenait à Paris, Claire tenait Éloïse contre elle. Daniel posa une main sur les doigts de sa femme.
— Après le conseil, nous partirons tous les trois.
— Où ?
— N’importe où. Dans une maison qui ne portera ni le nom Moreau ni le nom Armand.
Claire le regarda.
— Tu ne peux pas simplement abandonner l’entreprise à Antoine.
— Je préfère perdre l’entreprise que vous perdre encore.
— Ce n’est plus seulement ton entreprise. Des milliers de personnes y travaillent. Si Antoine prend le contrôle, il détruira les preuves, achètera des témoins et recommencera ailleurs.
Daniel savait qu’elle avait raison.
Claire poursuivit :
— Nous irons à cette réunion.
— Tu es encore officiellement accusée.
— Justement. Ils s’attendent à voir une femme honteuse, silencieuse et terrorisée.
Elle regarda sa fille.
— Ils verront une mère qui n’a plus rien à craindre.
Marc, assis à l’avant, se retourna avec son ordinateur.
— Il existe un autre problème.
— Lequel ? demanda Daniel.
— Quelqu’un a vidé les comptes principaux de la fondation et transféré l’argent vers une société appartenant à Antoine.
— Quand ?
— Il y a dix minutes.
Beaumont comprit immédiatement.
— Il fabrique un véritable détournement après avoir accusé Claire du faux. Demain, il prétendra qu’elle a terminé le transfert depuis Valmont.
Daniel regarda les lumières de Paris apparaître au loin.
Antoine n’avait plus besoin de les tuer.
Il comptait les détruire publiquement.
À neuf heures, deux conseils d’administration décideraient de l’avenir de deux empires.
Daniel possédait le testament.
Claire possédait la vérité.
Juliette possédait légalement la majorité des parts Moreau.
Mais Antoine possédait encore l’arme la plus dangereuse : la capacité de convaincre le monde que les victimes étaient les coupables.
Claire embrassa le front d’Éloïse.
— Laissez-le parler demain, murmura-t-elle. Laissez-le croire qu’il contrôle encore l’histoire.
Daniel aperçut une détermination nouvelle dans ses yeux.
— Et ensuite ?
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— Ensuite, nous lui montrerons que la vérité ne demande pas la permission avant d’entrer dans une pièce.
Les chapitres 11 à 15 pourront conclure l’histoire avec la réunion du conseil, la chute d’Antoine et le jugement final de Claire.