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Le Cri derrière les Portes / Chapter 11 / 15

Chapter 11 - Le conseil des mensonges

À huit heures cinquante-cinq, la salle du conseil de Moreau Industries était déjà pleine.

Autour de l’immense table ovale, vingt-quatre administrateurs attendaient en silence. Certains consultaient nerveusement leurs téléphones. D’autres parlaient à voix basse devant les écrans diffusant les derniers titres de la presse économique.

Crise au sommet de l’empire Moreau.

Daniel Moreau accusé de falsification et de tentative de prise de contrôle.

Claire Moreau de nouveau soupçonnée après un transfert de fonds nocturne.

Antoine avait travaillé toute la nuit.

Il avait envoyé aux journalistes des courriels, des documents manipulés et plusieurs extraits audio sortis de leur contexte. Selon sa version, Daniel avait découvert qu’il n’était pas l’héritier biologique d’Étienne Moreau et avait décidé de fabriquer un faux testament avec Claire. Juliette, fragile après la découverte de sa mère, aurait été influencée pour soutenir leur complot.

À neuf heures précises, Antoine entra dans la salle.

Il portait un costume bleu sombre parfaitement ajusté. Aucun signe ne trahissait sa fuite de Valmont quelques heures auparavant. Il salua les administrateurs avec calme, comme s’il venait simplement présider une réunion ordinaire.

— Mesdames et messieurs, merci d’être venus dans des circonstances aussi difficiles.

Il prit place au bout de la table.

— La nuit dernière, plusieurs individus ont tenté de s’emparer illégalement de deux groupes industriels. Parmi eux se trouvent Daniel Moreau, son épouse Claire et Juliette Armand.

Bernard Lemaire, l’administrateur qui avait déjà exprimé des doutes lors de la réception, leva la main.

— Monsieur Armand, Madame Hélène Moreau a pourtant été arrêtée à Valmont.

— À la suite d’une mise en scène, répondit Antoine. Daniel a attiré sa mère dans une propriété isolée avant de provoquer une intervention policière.

— Et l’enlèvement de leur enfant ?

— Une invention émotionnelle destinée à détourner l’attention.

La porte de la salle s’ouvrit.

Daniel entra le premier.

Claire marchait à ses côtés, vêtue d’un tailleur gris simple. Elle ne portait aucun bijou, aucun signe de luxe lié au nom Moreau. Pourtant, elle avançait avec plus d’assurance que lors de toutes les réunions auxquelles elle avait participé auparavant.

Derrière eux se trouvaient Maître Beaumont, Marc Delcourt et deux officiers de police judiciaire.

Un murmure parcourut la salle.

Antoine sourit.

— Comme prévu, les accusés viennent défendre leur version.

— Nous ne sommes pas venus défendre une version, répondit Daniel. Nous sommes venus présenter des faits.

Antoine se tourna vers les officiers.

— Pourquoi n’arrêtez-vous pas cet homme ?

L’un des policiers montra un document.

— Nous assistons à cette réunion à la demande du parquet financier. Toute déclaration pourra être versée au dossier.

Antoine resta calme, mais son regard se durcit.

Claire prit place devant un écran.

— Avant de commencer, dit-elle, je veux répondre à l’accusation de détournement formulée contre moi.

Marc projeta les relevés des comptes de la fondation.

— Le transfert effectué cette nuit a été validé depuis un serveur situé dans cette tour, expliqua-t-il. Plus précisément depuis le bureau réservé au président temporaire du conseil.

Tous les regards se tournèrent vers le siège occupé par Antoine.

Celui-ci haussa les épaules.

— N’importe qui peut falsifier une adresse informatique.

— C’est vrai, répondit Marc. C’est pourquoi nous avons également récupéré les images des caméras du parking.

Une vidéo montra Antoine entrant dans le bâtiment à trois heures dix-sept du matin.

Puis une seconde séquence le montra quittant la tour vingt-six minutes plus tard.

— J’avais une réunion urgente avec notre équipe juridique.

— Votre équipe juridique confirme ne pas vous avoir rencontré, dit Beaumont.

Antoine se pencha en arrière.

— Cela ne prouve pas que j’ai effectué le transfert.

Marc afficha alors une photographie d’un petit dispositif noir.

— Ce boîtier de connexion a été retrouvé sous le bureau. Il contient vos empreintes et une carte d’authentification appartenant à votre assistante personnelle.

L’assistante d’Antoine se trouvait justement dans la salle. Elle pâlit.

— Monsieur Armand m’a demandé ma carte hier soir, avoua-t-elle. Il a dit que son accès principal avait été bloqué.

Antoine la regarda avec mépris.

— Vous êtes licenciée.

— Vous n’avez plus l’autorité pour la licencier, intervint Daniel.

Il posa le testament authentifié d’Étienne sur la table.

— Selon ce document, la majorité des parts de Moreau Industries appartient à Juliette Armand.

Antoine eut un rire bref.

— Une copie fabriquée en Suisse.

Beaumont présenta les sceaux, les attestations des deux notaires et la confirmation de la Banque Privée Helvetia.

— Les analyses préliminaires établissent que le papier, l’encre et les signatures datent de plusieurs années. Le testament a été enregistré avant la mort d’Étienne Moreau.

— Où est Juliette ? demanda Antoine. Si elle croit réellement à cette histoire, pourquoi n’est-elle pas ici ?

La porte s’ouvrit une seconde fois.

Juliette entra dans un fauteuil roulant, accompagnée de Sophie.

Sa jambe était bandée, mais elle gardait la tête haute.

Antoine se leva malgré lui.

— Juliette.

Elle l’ignora et regarda les administrateurs.

— J’ai accepté de réaliser un test génétique sous contrôle judiciaire. Les résultats préliminaires confirment qu’Étienne Moreau était mon père biologique.

Sophie ajouta :

— Et Antoine Armand a tenté de me tuer lorsque j’ai voulu révéler la vérité.

La salle entière se figea.

Antoine retrouva rapidement son assurance.

— Cette femme souffre de troubles neurologiques. Elle a été hospitalisée pendant dix-sept ans.

— Parce que tu l’as fait enfermer, répondit Juliette.

— Je l’ai fait soigner.

— Tu as payé Keller pour qu’il la maintienne sous sédatifs.

Claire observa Antoine. Chaque accusation glissait sur lui sans provoquer de véritable panique. Il savait qu’un scandale n’était pas suffisant pour le détruire. Il comptait encore sur ses alliés, ses avocats et les faiblesses de la procédure.

— Nous possédons les dossiers de Keller, annonça Daniel.

— Des fichiers numériques peuvent être modifiés.

— Nous possédons également ses ordonnances originales.

— Keller est mort. Il ne peut pas confirmer leur authenticité.

Antoine se tourna vers les administrateurs.

— Voilà exactement ce que je dénonçais. Ils ont rassemblé une morte présumée, un médecin décédé, une infirmière accusée de détournement et un testament opportun pour voler deux entreprises.

Plusieurs membres du conseil semblaient hésiter.

Claire comprit que la vérité seule ne suffirait pas.

Elle devait leur montrer le système entier.

— Monsieur Armand, dit-elle, vous avez raison sur un point. Une preuve isolée peut être contestée.

Elle fit signe à Marc.

L’écran afficha une chronologie s’étendant sur dix-huit années.

On y voyait les paiements à la clinique Keller, les sociétés écrans, les modifications des traitements d’Étienne, les fausses déclarations sur la santé mentale de Sophie, les virements attribués à Claire et les documents préparant l’internement de Daniel.

Chaque opération utilisait le même réseau de comptes.

Chaque fausse preuve avait été créée selon le même procédé.

Chaque victime avait d’abord été présentée comme instable ou criminelle.

— Vous ne fabriquiez pas simplement des documents, poursuivit Claire. Vous fabriquiez des coupables.

Antoine ne souriait plus.

Claire se plaça face à lui.

— Sophie était une mère prétendument dépressive. Étienne était un vieil homme prétendument confus. Daniel devait devenir un dirigeant prétendument malade. Quant à moi, j’étais l’épouse pauvre et fragile qui aurait volé l’argent de la fondation.

— Un beau discours, répondit Antoine. Mais où est la preuve que j’ai ordonné ces actes ?

Claire appuya sur une télécommande.

L’enregistrement de Valmont remplit la salle.

La voix d’Antoine résonna clairement :

« C’est toi qui devais organiser son accident après Genève. »

Puis celle d’Hélène :

« Et toi, tu devais t’occuper de Sophie et du mécanicien. »

Certains administrateurs se levèrent sous le choc.

Antoine, lui, resta immobile.

L’enregistrement continuait.

« Étienne, Sophie, Claire… Tu laisses constamment des survivants. »

Lorsque le silence revint, les deux officiers s’approchèrent d’Antoine.

— Monsieur Armand, vous êtes placé en garde à vue pour tentative d’homicide, enlèvement, séquestration, faux, détournement de fonds et association de malfaiteurs.

Antoine regarda Daniel.

Puis Juliette.

Enfin, il contempla Claire avec une haine froide.

— Vous pensez avoir gagné parce que vous avez enregistré une conversation ?

— Non, répondit Claire. Vous avez perdu parce que vous avez passé votre vie à croire que personne n’oserait parler.

Les policiers lui saisirent les poignets.

Mais avant qu’ils ne puissent poser les menottes, les lumières de la salle s’éteignirent.

Une explosion sourde retentit dans le couloir.

Les vitres tremblèrent.

Dans l’obscurité, un homme cria.

Lorsque l’éclairage de secours s’alluma, Antoine avait disparu.

Et sur l’écran principal apparaissait un compte à rebours.

Dix-neuf minutes et quarante-huit secondes.

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Sous les chiffres, une phrase clignotait :

Si je tombe, les deux empires tomberont avec moi.

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