Chapter 1 - Le garçon à la main rouge

Le mariage d’Amélie Laurent devait être l’événement le plus élégant de l’année.
Dans la grande salle du château de Villeneuve, des centaines de bougies éclairaient les lustres de cristal. Les invités les plus puissants de Paris, des dirigeants d’entreprise, des ministres et des journalistes étaient assis autour de tables couvertes de fleurs blanches.
Au centre de la piste, Amélie portait une robe de mariée en dentelle. Elle venait de prononcer ses vœux devant Nicolas de Villiers, l’homme qui lui avait redonné confiance après les trois années les plus douloureuses de son existence.
Trois ans plus tôt, son premier mari, Antoine Mercier, et leur fils Louis avaient disparu lors de l’explosion d’un yacht appartenant à la famille Laurent.
Le corps d’Antoine avait été retrouvé.
Celui de Louis ne l’avait jamais été.
La police avait conclu que l’enfant de huit ans avait été emporté par la mer.
Amélie n’avait jamais accepté cette version. Elle avait organisé des recherches pendant plus d’un an, dépensé une fortune et interrogé chaque membre de l’équipage. Puis les autorités avaient fermé le dossier.
Nicolas était arrivé dans sa vie quelques mois plus tard.
Il ne lui avait jamais demandé d’oublier Louis. Il l’avait accompagnée chaque année au bord de la Méditerranée pour déposer des fleurs dans l’eau.
Lorsque la musique commença, Nicolas tendit la main à sa nouvelle épouse.
— Puis-je avoir cette danse, madame de Villiers ?
Amélie sourit.
Avant qu’elle puisse répondre, un cri traversa le couloir.
Les portes de la salle s’ouvrirent brutalement.
Un petit garçon entra en courant.
Il portait une chemise blanche tachée de sang. Sa main droite était couverte d’une profonde coupure, et son visage était trempé de larmes. Il avançait entre les tables tandis que les invités se retournaient avec stupeur.
Une femme le poursuivait.
Diane de Villiers, la mère de Nicolas.
Elle portait une robe brune parfaitement ajustée. Son visage, habituellement calme, était déformé par la colère.
— Arrêtez cet enfant ! cria-t-elle. Ne le laissez pas approcher de la mariée !
Le garçon continua de courir.
Amélie se retourna.
Le monde sembla s’arrêter.
Elle reconnut ses yeux.
La petite cicatrice au-dessus du sourcil gauche.
La manière dont ses cheveux tombaient sur son front.
— Louis ? murmura-t-elle.
L’enfant entendit son nom.
— Maman !
Amélie lâcha son bouquet.
Elle courut vers lui, tomba à genoux sur le parquet et l’enferma dans ses bras.
Louis s’accrocha à sa robe.
— Maman… je savais que tu viendrais me chercher.
Amélie ne pouvait plus respirer.
Elle touchait son visage, ses cheveux et ses épaules comme si elle devait vérifier qu’il n’était pas une apparition.
— Tu es vivant.
— Elle disait que tu m’avais abandonné.
— Jamais. Je ne t’ai jamais abandonné.
Nicolas s’approcha lentement.
Il avait vu des photographies de Louis pendant des années. Il connaissait chaque détail de son visage, mais l’enfant devant lui était plus grand et beaucoup plus maigre.
Diane entra dans la salle.
— Nicolas, éloigne-toi de lui. Cet enfant n’est pas Louis.
Nicolas se plaça immédiatement devant Amélie et le garçon.
— Alors pourquoi le poursuivais-tu ?
— Quelqu’un essaie de détruire notre mariage.
— Réponds à ma question.
Diane regarda les invités. Des dizaines de téléphones filmaient déjà la scène.
— Il s’est introduit dans le château. Il a attaqué une employée et cassé une fenêtre.
Louis leva sa main ensanglantée.
— J’ai cassé la vitre parce qu’elle avait fermé la porte.
— Qui ? demanda Amélie.
L’enfant pointa Diane.
— Elle.
Un murmure parcourut la salle.
Diane secoua la tête.
— Il ment. C’est un enfant entraîné pour vous ressembler.
Amélie écarta doucement les cheveux de Louis. Derrière son oreille se trouvait une petite tache de naissance en forme de croissant.
Elle était la seule à connaître ce détail.
— C’est mon fils.
Diane recula.
Nicolas regarda sa mère.
— Depuis combien de temps savais-tu qu’il était vivant ?
— Je ne savais rien.
Louis tremblait dans les bras d’Amélie.
— Elle venait me voir chaque mois.
Le visage de Diane devint livide.
— Où étais-tu enfermé ? demanda Nicolas.
— Dans la maison aux volets verts.
— Quelle maison ?
— Celle près du lac. Madame Jeanne m’apportait à manger. Elle disait que je devais attendre le mariage.
Amélie releva brusquement la tête.
— Attendre le mariage ?
Louis hocha la tête.
— Madame Diane disait qu’après que tu aurais signé les papiers, elle n’aurait plus besoin de moi.
Diane tenta de quitter la salle.
Nicolas lui barra le passage.
— Personne ne sort.
— Tu n’as pas le droit de me retenir.
— Et toi, avais-tu le droit de retenir un enfant pendant trois ans ?
Elle le gifla.
Le bruit résonna sous les lustres.
Nicolas ne bougea pas.
— Appelez la police, ordonna-t-il.
Diane regarda son fils comme si elle ne le reconnaissait plus.
— Si tu fais cela, tu perdras tout.
— Alors je perdrai tout.
Amélie serrait toujours Louis contre elle. Le sang de l’enfant tachait maintenant sa robe blanche.
Elle ne s’en souciait pas.
— Maman, murmura Louis, papa n’est pas mort dans l’accident.
Amélie se figea.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Le garçon regarda Diane.
— Elle était sur le bateau avant l’explosion.
Diane cessa de respirer.
Louis ajouta :
— Et papa m’a donné quelque chose avant qu’ils l’emmènent.
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Il glissa sa main valide dans la poche de son pantalon et en sortit une petite clé noire.
— Il m’a dit de ne jamais la donner à la dame brune.