Chapitre 9 - La vérité devant les caméras

Gabriel fut placé en détention militaire.
Valois contrôlait encore suffisamment de personnes pour empêcher sa libération immédiate. Les médias diffusèrent les faux relevés bancaires et présentèrent le général comme l’organisateur d’un réseau de corruption utilisant la Fondation Aurore.
Pendant vingt-quatre heures, l’opinion publique sembla se retourner contre lui.
Valois avait commis une erreur.
Il avait sous-estimé Camille et Isabelle.
Depuis sa chambre d’hôpital, Camille enregistra une déclaration. Son visage était pâle, mais sa voix resta ferme.
— Mon père n’a pas détourné l’argent de la fondation. Il a été arrêté parce qu’il a refusé de remettre ma mère à ceux qui la retenaient prisonnière depuis dix-huit ans.
Elle montra les rapports médicaux, les enregistrements de l’appartement et l’annexe originale du testament.
Isabelle apparut ensuite devant la caméra.
La France entière découvrit que la femme officiellement morte dix-huit ans auparavant était vivante.
— Renaud Valois a organisé ma disparition, déclara-t-elle. Il a utilisé des institutions militaires pour emprisonner des témoins, détourner de l’argent public et fabriquer des décès.
Maître Caron publia une partie du registre avec les signatures numériques nécessaires à son authentification. Trois experts indépendants confirmèrent que les fichiers n’avaient pas été modifiés.
Des médias belges et suisses révélèrent l’existence des comptes offshore avant que Valois puisse les bloquer.
Le gouvernement ordonna une enquête indépendante.
Gabriel fut libéré provisoirement, mais Victor restait en fuite. Selon Léa, il tentait probablement de récupérer le support original pour remettre en cause les copies.
La plaque de cuivre fut transférée dans un véhicule blindé vers le palais de justice.
Victor attaqua le convoi près d’un dépôt ferroviaire.
Un camion bloqua la route. Deux hommes masqués lancèrent des grenades fumigènes pendant que Victor ouvrait la porte arrière du fourgon.
Il trouva un coffre vide.
La plaque n’était pas dans le convoi.
Léa avait anticipé l’attaque. Le transfert n’était qu’un leurre.
Victor comprit trop tard que les agents l’encerclaient.
Il s’enfuit à travers les voies, poursuivi par Léa et Gabriel. Un train de marchandises avançait lentement entre les hangars.
Victor grimpa dans un wagon ouvert.
Gabriel le suivit.
— C’est terminé, Victor !
L’ancien colonel se retourna, une arme à la main.
— Rien n’est terminé tant que Valois reste libre.
— Témoigne contre lui.
Victor éclata de rire.
— Tu crois qu’un tribunal peut nettoyer trente ans de pouvoir ?
— Il peut commencer par toi.
Victor pointa son arme.
— Je t’ai sauvé la vie.
— Tu as organisé l’attaque.
— Et je t’en ai sorti. Sans moi, tu serais mort au Liban.
— Sans toi, l’attaque n’aurait jamais eu lieu.
Le train accélérait. Victor recula vers le bord du wagon.
— Isabelle aurait pu vivre auprès de toi. Il lui suffisait de me donner le registre.
— Tu l’as enfermée pendant dix-huit ans et tu appelles cela un choix.
Victor tira.
La balle frappa la paroi métallique. Gabriel se jeta sur lui. Ils tombèrent contre les caisses. Victor tenta de récupérer son arme, mais Gabriel immobilisa son bras.
Il aurait pu le pousser hors du wagon.
Pendant une seconde, Victor le vit dans ses yeux.
— Fais-le —murmura-t-il. — Tu en as envie.
Gabriel regarda l’homme qui avait détruit sa famille.
Puis il repoussa l’arme et lui passa une menotte autour du poignet.
— Tu répondras vivant à toutes leurs questions.
Léa monta à bord au ralentissement du train et attacha l’autre main de Victor.
— Où est Valois ? demanda-t-elle.
Victor resta silencieux.
Son téléphone vibra.
Un message indiquait qu’un hélicoptère attendait Valois sur le toit du Sénat.
La police intervint avant le décollage. Le sénateur fut arrêté avec de faux papiers, plusieurs millions en obligations et une clé contenant des informations classifiées.
Face aux preuves et à la coopération de Victor, l’ensemble du réseau commença à s’effondrer.
Des officiers furent suspendus. Des magistrats se récusèrent. Des dirigeants d’entreprises furent placés en garde à vue.
Gabriel retourna à l’hôpital au lever du jour.
Camille dormait. Isabelle était assise près de l’incubateur de Léo.
— Victor ? demanda-t-elle.
— Vivant et arrêté.
— Valois ?
— Lui aussi.
Isabelle contempla son petit-fils.
— Alors pourquoi as-tu l’air si triste ?
Gabriel s’assit près d’elle.
— Parce que justice ne signifie pas que nous récupérons les années perdues.
— Non.
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Elle posa sa main sur la sienne.
— Elle signifie qu’ils ne pourront pas nous en voler davantage.