Chapitre 4 - La caméra oubliée

La police plaça immédiatement l’étage de Camille sous surveillance.
Les fleurs furent envoyées au laboratoire. Aucun poison ne fut détecté, mais le message constituait une menace évidente.
Léa demanda l’arrestation de Julien et de Béatrice. Le procureur accepta seulement une garde à vue temporaire, estimant que les preuves financières ne démontraient pas encore leur responsabilité directe dans les blessures de Camille.
Le docteur Leclerc demeurait introuvable.
Gabriel supportait difficilement cette attente.
— Nous savons ce qu’ils ont fait.
— Nous savons ce que Camille raconte —répondit Léa—, et je la crois. Mais leurs avocats diront qu’elle souffrait d’une crise liée à la grossesse. Il nous faut une preuve indépendante.
Sofiane, le concierge de l’immeuble, accepta finalement de parler.
Il raconta que Julien lui avait demandé de désactiver les caméras du couloir pour « protéger l’intimité » de Camille. Une seule caméra avait échappé à la coupure : celle intégrée à un ancien interphone installé dans l’appartement voisin.
La propriétaire, madame Roussel, se trouvait en maison de retraite. Son neveu autorisa la police à examiner le système.
La caméra ne montrait pas l’intérieur de l’appartement, mais elle enregistrait la porte et une partie du couloir.
Les images révélèrent que Camille avait tenté de sortir trois semaines auparavant. Elle avançait pieds nus, une main sur son ventre. Béatrice l’avait rattrapée par les cheveux et ramenée à l’intérieur.
Une autre séquence montrait le docteur Leclerc entrant avec une mallette médicale, puis ressortant quatre heures plus tard avec un sac rempli de vêtements tachés.
Julien affirma que le sang provenait d’une complication médicale.
Sarah examina la vidéo.
— S’il s’agissait d’une urgence obstétricale, il aurait dû appeler une ambulance. Soigner une femme enceinte dans ces conditions est une faute grave.
La preuve la plus importante vint d’un objet que personne n’avait pensé à rechercher.
Camille avait acheté une caméra connectée pour surveiller la future chambre du bébé. Julien l’avait retirée du mur, mais l’appareil continuait d’envoyer des fichiers audio vers un compte en ligne.
Camille avait utilisé l’adresse électronique de sa mère pour créer ce compte plusieurs années auparavant.
Maître Caron réussit à y accéder grâce aux documents trouvés à Fontainebleau.
Des dizaines d’enregistrements apparurent.
Dans l’un d’eux, Julien criait après Camille parce qu’elle refusait de signer. On entendait un choc, puis sa chute contre un meuble.
Dans un autre, Béatrice disait :
— Tant que le bébé respire, le reste n’a pas d’importance.
Le silence qui suivit glaça Gabriel.
La dernière séquence avait été enregistrée la veille de son retour.
Le docteur Leclerc examinait la blessure de Camille.
— Les doses deviennent dangereuses —disait-il—. Si elle perd encore connaissance, l’enfant pourrait manquer d’oxygène.
Victor répondit :
— Il suffit qu’elle reste docile jusqu’à l’accouchement.
— Et si le général revient ?
— Il ne reviendra pas.
À cet instant, Julien entra dans la pièce.
— Et s’il découvre les transferts ?
Victor répondit :
— Gabriel croit encore que je lui ai sauvé la vie. Il ne remettra jamais en question un homme portant le même uniforme.
Gabriel ferma les yeux.
Vingt ans auparavant, lors d’une attaque au Liban, Victor avait tiré Gabriel hors d’un véhicule en flammes. Depuis ce jour, Gabriel le considérait comme un frère.
Cette dette avait aveuglé son jugement.
Léa transmit les enregistrements au procureur. Des mandats d’arrêt furent délivrés contre Julien, Béatrice, Leclerc et Victor.
Julien et sa mère furent interpellés en sortant de leur cabinet d’avocats.
Victor avait quitté son bureau militaire trente minutes plus tôt.
Leclerc ne se trouvait plus à son domicile.
Dans la soirée, l’alarme incendie se déclencha à l’hôpital.
Les agents évacuèrent le couloir. Sarah resta avec Camille, mais un homme portant une blouse médicale entra avec un faux ordre de transfert.
C’était le docteur Leclerc.
— Madame Beaumont doit être déplacée vers une unité spécialisée —déclara-t-il.
Sarah examina le document.
— Cette signature n’est pas la mienne.
Leclerc sortit une seringue de sa poche.
Gabriel, qui revenait de la cafétéria, le vit à travers la vitre. Il se précipita dans la chambre et saisit son poignet avant que l’aiguille atteigne Camille.
La seringue tomba.
Leclerc tenta de fuir, mais les agents le maîtrisèrent.
Sarah plaça la seringue dans un sachet de preuve.
— Qu’y avait-il dedans ? demanda Gabriel.
Leclerc gardait le silence.
L’analyse révéla un produit expérimental désigné sous le code N-47. Il provoquait un arrêt cardiaque difficile à distinguer d’une complication naturelle.
Gabriel confronta Leclerc dans la salle d’interrogatoire.
— Victor vous a-t-il ordonné de tuer ma fille ?
Le médecin regarda la caméra dans le coin de la pièce.
— Je veux un avocat.
— Ce produit a déjà été utilisé, n’est-ce pas ?
Leclerc baissa les yeux.
Léa posa devant lui une photographie d’Isabelle.
Le visage du médecin changea.
— Vous la connaissiez.
— Je n’étais qu’interne —murmura-t-il.
— Étiez-vous présent lorsqu’elle est morte ?
Leclerc refusa de répondre.
Léa reçut alors un appel du laboratoire militaire.
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Un échantillon de sang d’Isabelle, conservé depuis dix-huit ans, venait d’être réanalysé.
Il contenait des traces du même produit N-47.