Chapter 3 - L'Ombre du Doute

Les paroles inquiétantes de Julian résonnèrent lourdement dans le silence feutré du penthouse, planant comme une menace invisible. Isabella posa son verre vide avec un claquement sec sur la table en verre. "Quelqu'un a intentionnellement détruit Eleanor ? Mais qui, Julian ? Qui aurait à la fois assez de pouvoir, de moyens financiers, et une rancune suffisamment tenace pour faire ça, à part moi ?" Julian sortit une série de documents financiers complexes, couverts de graphiques et de chiffres cryptiques, et les étala sur la table basse. "C'est là que ça devient non seulement intéressant, mais potentiellement très dangereux pour nous. La société écran principale qui a siphonné ses comptes s'appelle 'Obsidian Holdings'. Après avoir creusé profondément à travers plusieurs couches de sociétés fictives, j'ai découvert qu'elle est intimement liée à un conglomérat beaucoup plus grand et opaque. Isabella, je crois fermement que l'homme qui a ruiné ta mère jusqu'au dernier centime est Richard Sterling." Ce nom, prononcé dans le calme de la pièce, fit l'effet d'une bombe à fragmentation. Richard Sterling était un titan craint de l'industrie, un milliardaire impitoyable de l'ancienne garde, tristement connu pour racheter agressivement et démanteler des entreprises pour le profit, et accessoirement, il était le plus grand, le plus ancien et le plus féroce rival d'Isabella sur le marché immobilier new-yorkais ultra-compétitif. "Pourquoi Sterling, un homme de sa stature, s'en prendrait-il avec autant d'acharnement à une mondaine pathétique et superficielle comme ma mère ?" demanda Isabella, perplexe, essayant de trouver une logique à ce puzzle absurde. "C'est très exactement ce que nous devons découvrir," répondit Julian d'un ton sombre. "Mais il y a pire, Isabella. Prépare-toi. En fouillant illégalement dans les anciens dossiers personnels numérisés d'Eleanor, j'ai trouvé la trace d'une clause de confidentialité stricte, signée il y a exactement seize ans. Juste quelques jours avant qu'elle ne te mette à la porte sous l'orage. En échange de sa signature, elle a reçu un virement intraçable de cinq millions de dollars, provenant directement d'un compte personnel de Sterling." Isabella sentit soudainement le sol en marbre se dérober sous ses pieds. Le monde tournait. Sa mère ne l'avait pas seulement jetée dehors par cruauté pure, par égoïsme ou par un accès de folie passagère. Elle avait été payée, grassement payée, pour le faire. L'abandon d'Isabella n'était pas un drame familial, c'était une transaction financière froide et calculée. La rage, une rage nouvelle, profonde et brûlante comme de l'acide, remplaça la froideur habituelle d'Isabella. Elle devait savoir pourquoi sa vie avait été vendue. Elle devait retrouver Eleanor, non plus pour se venger, mais pour exiger des réponses.