Chapter 3 - Les Fantômes du Passé

Le lendemain matin, la lumière de l'aube filtrait doucement à travers les immenses baies vitrées. Eleanor se réveilla dans des draps de soie immaculés, un luxe qu'elle avait oublié depuis des décennies. En voyant Clara assise patiemment dans un fauteuil près du lit, elle détourna immédiatement le regard, rongée par une honte insupportable. "Tu n'aurais jamais dû m'amener ici, dans ta belle vie. Je ne mérite pas ta pitié, ni ta charité," murmura la vieille femme, la voix tremblante. Clara se leva et prit doucement la main abîmée de sa mère. "Je ne te fais pas la charité, Eleanor. Je veux des réponses claires. Julian a découvert cette nuit que tous tes comptes bancaires ont été systématiquement vidés par une société écran intraçable il y a exactement quinze ans. Juste quelques jours avant que tu me mettes violemment à la porte de notre maison." Eleanor se mit soudainement à trembler de tous ses membres, une terreur primordiale déformant ses traits fatigués. "Tu ne dois surtout pas fouiller là-dedans, Clara, je t'en supplie ! Il va te trouver et te tuer aussi." "Qui ?" insista Clara, sa voix devenant tranchante comme une lame d'acier. Eleanor prit une grande inspiration saccadée, les larmes coulant sur ses joues désormais propres. "Ton oncle. Arthur. Quand ton père est mort tragiquement, Arthur a falsifié le testament principal. Il voulait le contrôle total de l'empire. J'ai découvert la vérité par hasard, j'ai voulu aller dénoncer ses crimes à la police. Mais il l'a su. Il m'a convoquée dans son bureau. Il m'a jeté des photos de toi sur la table, des photos prises à ton école, dans la cour de récréation. Il avait des hommes armés partout autour de toi. Il m'a regardée droit dans les yeux et m'a dit : 'Si tu ne lui brises pas le cœur en la chassant très loin d'ici ce soir, je lui mets une balle dans la tête devant toi.' J'ai dû te faire croire que je te détestais du plus profond de mon âme, pour que tu partes loin de nous, loin de sa portée. Pour que tu vives, mon bébé." Clara resta pétrifiée, le souffle coupé. L'abandon, la cruauté, les mots atrocement blessants sous la pluie... tout n'était qu'une mise en scène désespérée, le sacrifice ultime d'une mère terrifiée pour sauver la vie de sa fille unique.