Chapter 3 - L’homme qui prétendait avoir trahi JulienLe système d’alarme se déclencha immédiatement.

Sarah attrapa Claire par le bras.
— On sort.
Claire prit le disque dur contenant les fichiers essentiels.
Elles montèrent.
À travers les fenêtres, Claire aperçut une silhouette près du portail.
Une voiture noire démarra.
Puis disparut.
Lorsque la police arriva, personne ne trouva de trace d’effraction.
Seulement une caméra extérieure désactivée.
Le lendemain matin, Paul Delorme demanda à rencontrer Claire.
Sarah refusa.
Claire accepta.
Ils se retrouvèrent dans un café entouré de monde.
Delorme arriva seul.
— Vous avez trouvé la pièce.
Claire ne répondit pas.
— Julien m’avait prévenu que vous le feriez.
— Hier, vous étiez assis avec Madeleine en train de m’expliquer que mon mari voulait divorcer.
— Je sais.
— Alors commencez par ça.
Delorme posa une clé USB sur la table.
— Les documents de divorce étaient faux.
Sarah se pencha.
— Vous avez participé à une tentative de fraude ?
— J’ai laissé Madeleine croire que je participais.
Claire le fixa.
— Pourquoi ?
— Parce qu’elle ne me faisait confiance qu’à cette condition.
Delorme expliqua que Julien l’avait contacté six mois avant sa mort.
Il voulait dénoncer Horizon.
Mais il savait que sa mère surveillait les avocats de l’entreprise.
Ils avaient donc fabriqué une dispute.
Puis une fausse rupture entre Delorme et Julien.
Après la mort de Julien, Delorme avait prétendu se rapprocher d’Étienne.
— Et hier ?
— Madeleine voulait entrer dans votre maison pendant votre déplacement.
— Vous saviez ?
— Oui.
Claire se leva brutalement.
— Et vous ne m’avez pas prévenue ?
— Si je l’avais fait, elle aurait compris que je jouais double jeu.
— Ils ont fouillé ma maison !
— Et ils n’ont pas trouvé la pièce.
— Parce que je suis rentrée plus tôt par hasard !
Delorme resta silencieux.
Claire comprit.
— Ce n’était pas un hasard.
Il la regarda.
— J’ai fait annuler votre réunion.
Sarah écarquilla les yeux.
— Vous ?
— Il fallait que Claire rentre avant qu’ils trouvent l’enveloppe.
Claire eut envie de le frapper.
— Vous auriez pu m’appeler.
— Votre téléphone était surveillé.
La clé USB contenait des copies de messages échangés par Madeleine et Étienne.
Mais un fichier attira l’attention.
Un rapport sur l’accident de Julien.
La voiture avait quitté la route à 22 h 14.
La police avait conclu à une perte de contrôle sur chaussée mouillée.
Cependant un mécanicien mandaté discrètement par Delorme avait découvert une anomalie.
Le système de freinage avait été modifié.
Pas détruit.
Affaibli.
— Vous pensez qu’ils l’ont tué ? demanda Claire.
— Je pense que quelqu’un a augmenté la probabilité qu’il ait un accident.
— Qui avait accès à la voiture ?
Delorme baissa les yeux.
— Beaucoup de monde.
Le garage de Moreau Habitat.
Les chauffeurs.
Étienne.
Madeleine.
Et un homme nommé Victor Lemaire.
Responsable de la sécurité du groupe.
Sarah demanda :
— Où est-il ?
— Disparu depuis deux mois.
Claire comprit que l’histoire dépassait largement la maison.
Sarah transmit les preuves à une unité spécialisée.
Pendant ce temps, Madeleine contre-attaqua.
Elle donna une interview.
Assise dans son salon, elle expliqua que Claire souffrait depuis la mort de Julien.
Qu’elle devenait paranoïaque.
Que la famille tentait simplement de protéger l’entreprise.
Puis elle produisit un document.
Une expertise psychologique.
Claire reconnut le nom du médecin.
Il l’avait reçue trois fois après l’accident.
Le rapport affirmait qu’elle souffrait d’épisodes de confusion et d’idées persécutoires.
— C’est faux.
Sarah répondit :
— Une partie est probablement réelle. Ils ont ajouté le reste.
Le lendemain, Étienne demanda au tribunal la suspension temporaire de Claire du conseil d’administration.
Motif :
instabilité.
Danger pour l’entreprise.
Claire regarda la requête.
Puis sourit.
Sarah leva un sourcil.
— Pourquoi tu souris ?
— Parce qu’ils viennent de faire une erreur.
— Laquelle ?
Claire ouvrit la vidéo de Julien.
— Ils veulent transformer mon état mental en sujet public.
Elle regarda Sarah.
— Alors nous allons rendre les preuves publiques aussi.
La conférence de presse eut lieu deux jours plus tard.
Claire ne parla pas de meurtre.
Elle ne fit aucune accusation qu’elle ne pouvait prouver.
Elle montra uniquement les documents concernant Horizon.
Les signatures falsifiées.
Les sociétés écrans.
Et vingt secondes de la vidéo de Julien.
« Ma famille a utilisé l’entreprise pour appauvrir des propriétaires avant de racheter leurs biens. Claire n’y a jamais participé. Ses signatures ont été copiées. »
La réaction fut immédiate.
Trois membres du conseil démissionnèrent.
Les autorités gelèrent plusieurs comptes.
Des journalistes commencèrent à retrouver les anciens propriétaires.
Madeleine appela Claire.
— Tu viens de détruire ce que Julien a passé sa vie à construire.
Claire répondit calmement :
— Non.
— Tu n’as aucune idée de ce que tu fais.
— Julien le savait.
Silence.
Claire continua :
— Et avant de mourir, il avait commencé à le démolir lui-même.
Pour la première fois, Madeleine ne trouva rien à répondre.
Puis elle murmura :
— Tu crois vraiment que mon fils était innocent ?
Claire se figea.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Madeleine raccrocha.
Une heure plus tard, la police trouva Victor Lemaire.
Mort.
Dans sa poche se trouvait une photographie de Julien et Claire.
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Au dos, trois mots :
IL ÉTAIT AU COURANT.